Archives mensuelles : décembre 2014

Etats-Unis: les coupes budgétaires sont entrées en vigueur

Indicateurs de la dette, de la croissance et du chômage aux États-Unis(©AFP)
Le président américain Barack Obama a déclenché à regret vendredi des coupes budgétaires dont il a imputé la responsabilité à ses adversaires républicains, après avoir averti qu’elles feraient subir un revers à la première économie mondiale.

Bien qu’il ait qualifié de « stupides » ces coupes de 85 milliards de dollars dans l’exercice budgétaire expirant le 30 septembre prochain, M. Obama a signé un décret d’application les faisant entrer en vigueur, comme la loi l’y obligeait, tandis que le bureau du budget de la Maison Blanche ordonnait aux différentes agences gouvernementales de prendre leurs dispositions face à cette austérité.
« Je ne suis pas un dictateur. Je suis un président », avait auparavant lancé M. Obama à la Maison Blanche, quelques minutes après y avoir rencontré les chefs de file du Congrès pour leur première réunion depuis le début de cette énième crise politico-budgétaire depuis 2011.
« En l’absence de décision de la part du président (républicain) de la Chambre des représentants John Boehner et des autres pour placer les intérêts des familles de la classe moyenne devant les impératifs politiques, ces coupes vont entrer en vigueur », avait-il ajouté.
La présidence démocrate sonnait l’alarme depuis des jours sur les conséquences concrètes de ces coupes, qui représentent 8% du budget de la défense et 5% des autres postes, notamment des congés sans solde pour des centaines de milliers de fonctionnaires ou contractuels.
Le nouveau chef du Pentagone Chuck Hagel a souligné vendredi que cette situation « mena(çait) notre capacité à remplir efficacement l’ensemble de nos missions ».
M. Obama a estimé que ces coupes « superflues » allaient « affaiblir notre économie, coûter des emplois, et montrent clairement que les deux parties doivent être en mesure de trouver un compromis ».
Le Fonds monétaire international a estimé à 0,5 point de pourcentage l’effet négatif à terme de cette rigueur sur une croissance déjà convalescente. De son côté, l’agence de notation Standard and Poor’s a assuré vendredi que ces coupes n’auraient qu’un effet « limité » sur l’économie, « à condition, bien sûr, qu’elles ne s’étendent pas dans le temps ».
Discussion sur les recettes « terminée »
M. Boehner a persisté vendredi à opposer une fin de non-recevoir à la demande démocrate d’une hausse d’impôts sur les plus hauts revenus. « La discussion sur les recettes, pour moi, est terminée », a-t-il déclaré à sa sortie de la Maison Blanche: « Nous devons nous concentrer sur le problème des dépenses ».
Depuis 2011, quand les conservateurs ont pris le contrôle d’une partie du pouvoir législatif, M. Obama et ses adversaires se sont affrontés sur la façon de rééquilibrer les comptes publics sur fond d’une hausse vertigineuse de l’endettement de la première économie mondiale, actuellement à plus de 16.000 milliards de dollars.
Faute d’accord de fond, les deux parties ont trouvé des solutions temporaires, dont l’idée –apparemment trop optimiste– de mettre en place des coupes automatiques dans les dépenses censées être suffisamment douloureuses pour inciter à négocier une solution.
Cette crise devrait bientôt s’additionner à une autre, encore plus lourde de menaces: le financement de l’Etat fédéral pour les derniers mois de l’exercice 2013, qui devra faire l’objet d’un vote au Congrès avant le 27 mars, faute de quoi des services publics fermeront purement et simplement.
Le chef des démocrates au Sénat, Harry Reid, a espéré que cette nouvelle hausse des enjeux inciterait enfin les deux camps à s’entendre.
Vendredi, M. Boehner a indiqué que son groupe déposerait la semaine prochaine un texte visant à financer l’Etat fédéral jusqu’à la fin de l’exercice budgétaire 2013, le 30 septembre, mais M. Obama n’a pas formellement promis de le promulguer, évoquant la nécessité de le voir refléter ses « précédents engagements ».

Chine: le Premier ministre Wen Jiabao fait ses adieux avec un discours confiant

Les délégués de l’Assemblée nationale populaire (ANP, Parlement) réunis au Palais du peuple le 5 mars 2013 à Pékin(©AFP)
Le Premier ministre chinois Wen Jiabao, qui doit céder la place à Li Keqiang, a fait ses adieux à la scène mardi en ouvrant les travaux du parlement sur une note confiante, promettant à la Chine une croissance de 7,5% en 2013 et laissant derrière lui des « victoires éclatantes » mais une corruption toujours rampante.

Devant les quelque 3.000 délégués de l’Assemblée nationale populaire (ANP, Parlement) réunis au Palais du peuple à Pékin, M. Wen Jiabao a présenté le traditionnel rapport d’activité de son gouvernement, tirant dans ce document de 32 pages le bilan de la « période exceptionnelle » des cinq ans écoulés et traçant les perspectives pour la deuxième économie mondiale.
La session annuelle de l’ANP doit cette année avaliser la nouvelle direction choisie au XVIIIe congrès du Parti communiste chinois (PCC) tenu en novembre.
Xi Jinping, 59 ans, son nouveau secrétaire-général, doit être officiellement désigné président de la république en remplacement de Hu Jintao, et Li Keqiang, 57 ans, doit succéder à Wen Jiabao à la tête du gouvernement.
Ce nouveau tandem doit présider aux destinées de la Chine en principe pour les 10 ans à venir.
Dans son discours de près de deux heures, Wen Jiabao a fixé un objectif de croissance de 7,5% pour 2013. L’augmentation du budget de la défense sera de 10,7%, dans une économie où l’inflation devrait atteindre 3,5%, selon son rapport qui préconise une « politique monétaire prudente ».
L’an dernier, avec 7,8%, la croissance chinoise était tombée à son plus faible niveau depuis 13 ans. Cette nouvelle et forte progression des dépenses militaires chinoises est susceptible d’alimenter les inquiétudes sur les ambitions de Pékin, qui comble son retard militaire sur Washington en se dotant d’armements de plus en plus sophistiqués.
Tokyo et Pékin s’opposent sur la souveraineté d’un petit archipel inhabité en mer de Chine orientale. Ce conflit s’est envenimé en septembre 2012 après la nationalisation d’une partie de ces îles par le Japon.
Priorité des priorités de la nouvelle direction, le combat contre la corruption endémique au sein du Parti et de l’Etat n’a fait l’objet que d’une discrète proclamation d’intention dans la bouche de M. Wen: « Nous renforcerons la lutte contre contre la corruption et pour l’intégrité des fonctionnaires », a-t-il dit vers la fin de son discours.
La famille du Premier ministre a fait l’objet de révélations de la part du New York Times l’an dernier, qui a estimé sa fortune à 2,2 milliards de dollars en 2007. Le journal n’a pas pour autant identifié de malversation de la part de M. Wen lui-même. « Nous continuerons la construction d’un Etat de droit », a-t-il promis, reconnaissant toutefois que les autorités devaient aussi « resserer (leurs) liens avec les masses populaires ». Il a évoqué un « système d’équilibre des pouvoirs, de telle sorte que la population puisse surveiller le pouvoir et que ce dernier fonctionne dans la transparence ».
Wen Jiabao a vanté les succès chinois de ces dernières années, tels ses « grandes percées dans l’astronautique habitée, l’exploration lunaire, la plongée habitée à grande profondeur, le système de navigation satellitaire Beidou, le lancement d’un superordinateur » ou celui d’un porte-avions et des TGV, aux côtés des jeux Olympiques de Pékin en 2008.
Le chef du gouvernement sortant ensuite longuement détaillé les « contradictions » auquel la Chine fait face, notamment celle « entre le développement économique et l’environnement et les ressources naturelles », qui, a-t-il relevé, « s’exacerbe ». Les niveaux majeurs de pollution atteint dans les grandes villes chinoises sont un des premiers sujets de mécontentement de la population.
« Nous nous attacherons à promouvoir un développement +vert+, circulaire et à bas carbone », a promis Wen Jiabao, avec la « ferme résolution de résoudre les gros problèmes de pollution de l’air, de l’eau et du sol ».
Le responsable n’a pas suggéré d’amendement à la politique de l’enfant unique, en dépit d’une population vieillissante: « Nous maintiendrons la politique de planification familiale », a-t-il dit, évoquant toutefois le souci de la « parfaire progressivement ».
Les travaux de l’ANP doivent se terminer le 17 mars. Le successeur de Wen Jiabao, M. Li Keqiang, doit donner une conférence de presse.

Iran: libération de 14 des 18 journalistes arrêtés fin janvier

Dans les locaux du quotidien réformateur iranien Shargh, à Téhéran, en 2007(©AFP/Archives)
Quatorze des dix-huit journalistes de la presse réformatrice arrêtés fin janvier et accusés de collaboration avec des médias « contre-révolutionnaires » persans basés à l’étranger ont été libérés sous caution, a rapporté dimanche le quotidien réformateur Shargh.

Pejman Moussavi, Javad Daliri, Milad Fadaei, Soleiman Mohammadi, Pouria Alami, Motahareh Shafiey, Narges Jodaki, Akbar Montajabi, Emily Amraei, Reyhaneh Tabatabaie, Keyvan Mehreghan, Ali Dehghan, Hossein Yaghchi et Fatemeh Sagharchi ont été libérés sous caution ces derniers jours.
En revanche, Sassan Aghaei, Nasrin Takhayori, Ehsan Mazandarani et Saba Azarpeyk sont toujours détenus, ajoute Shargh.
Les journalistes arrêtés travaillent pour les quotidiens Shargh, Arman, Bahar et Etemad, l’hebdomadaire Aseman (réformateurs) et l’agence Ilna, également proche des réformateurs.
Le 30 janvier, le ministère du Renseignement a affirmé que les journalistes arrêtés collaboraient avec « un réseau médiatique », établi par la BBC en persan, en prévision de l’élection présidentielle de juin.
Le ministère, indiquant avoir surveillé les journalistes pendant des mois, a dit qu’ils utilisaient « des moyens et des méthodes uniques pour transmettre des informations et recevoir des directives », de l’étranger.
Les médias étrangers diffusant leurs programmes en persan, comme BBC Persian, Voice of America et Radio Free Europe/Radio Farda, sont accusés par Téhéran de participer au « complot » occidental visant à déstabiliser le régime iranien.
Plusieurs gouvernements occidentaux, l’Union européenne et des organisations de défense des droits de l’Homme avaient dénoncé l’arrestation de ces journalistes.
Selon le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), 45 journalistes étaient emprisonnés en Iran en décembre 2012. Plusieurs journaux ont également été fermés ces dernières années sur décision de la justice, contrôlée par les conservateurs.

Liban: les législatives menacées de report

Une libanaise insère un bulletin de vote dans une urne, à Beyrouth le 9 mai 2010(©AFP/Archives)
De profondes divisions sur la loi électorale, dans un contexte de vives tensions liées au conflit en Syrie voisine, risquent d’entraîner un report des législatives prévues dans trois mois au Liban, ce qui fait craindre une nouvelle déstabilisation du pays.

Le dépôt des candidatures pour les élections parlementaires du 9 juin s’est ouvert lundi mais pas un seul candidat ne s’est enregistré jusqu’à présent, les groupes politiques rivaux chicanant encore sur le découpage électoral qui doit produire le futur Parlement dans ce pays multiconfessionnel.
Le Liban est divisé entre le camp emmené par le puissant Hezbollah chiite — qui domine le gouvernement et est appuyé par Damas et Téhéran–, et l’opposition hostile au régime syrien et soutenue par les Etats-Unis et l’Arabie saoudite.
Le conflit en Syrie, ex-puissance de tutelle, a exacerbé les tensions latentes au Liban qui a connu lui-même une guerre civile (1975-1990). Des informations font état d’un soutien armé de membres du Hezbollah au régime syrien et d’une aide d’islamistes libanais sunnites à la rébellion, faisant craindre un réel débordement.
« Les protagonistes libanais sont stratégiquement liés à ce qui se passe en Syrie, chacun mise sur un changement ou une pérennité du régime de Damas », d’où un certain attentisme vis-à-vis des élections, explique Fadia Kiwane, directrice de l’Institut des sciences politiques à l’Université Saint Joseph.
Mais, alors que le conflit syrien s’enlise, « il y a une pression internationale pour dire qu’il faut respecter l’échéance » des législatives, car la communauté internationale a peur que le Liban bascule « dans une nouvelle guerre civile », dit-elle.
Les ambassadeurs occidentaux, notamment américain et français, ont ainsi multiplié les appels pour la tenue du scrutin à la date prévue, par peur d’un vide politique en cas de report.
Statu quo
Le statu quo est encouragé par la Syrie, satisfaite de la présence de ses alliés dans le gouvernement actuel et qui craint en cas d’élections le retour au pouvoir de l’opposition hostile à Damas, estime Mme Kiwane.
« Mais ce statu quo pourrait devenir ingérable et la situation peut s’enflammer à tout moment », souligne-t-elle, alors que des incidents se produisent quotidiennement, notamment à la frontière avec la Syrie, et que la tension confessionnelle grandit.
La Constitution de l’après-guerre avait instauré la parité entre musulmans et chrétiens –autrefois majoritaires–au sein du Parlement (128 membres).
Dans un pays où le système politique est basé sur un mélange complexe de répartition de quotas communautaires, les législatives se tiennent à chaque fois selon une loi différente, au terme d’interminables tractations selon les alliances changeantes.
« Les Libanais ont pris l’habitude de faire des accommodations des textes à leur propre situation », estime Mme Kiwane.
Pour le prochain scrutin, pas moins de six projets de loi électorale ont été proposés, dont la loi dite « orthodoxe » stipulant que les Libanais élisent les candidats de leur propre confession.
Largement décrié comme un « projet de nouvelle guerre civile », le texte est soutenu par des partis chrétiens, une confession minoritaire dans le pays.
Les experts s’accordent à dire qu’un compromis sera finalement trouvé mais que cela impliquera de repousser la date du scrutin pour donner du temps aux candidats de s’organiser.
« On se dirige probablement vers un report technique de trois mois, après l’été », estime Mme Kiwane.

Israël: Netanyahu annonce un gouvernement « dans les prochains jours »

Le vice-président américain Joe Biden lors de son discours à la conférence annuelle de l’Aipac, le 4 mars 2013 à Washington(©Getty Images/AFP)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a annoncé lundi que la formation de son gouvernement de coalition interviendrait dans les tout prochains jours, près de six semaines après les élections législatives.

« Malgré les difficultés, j’ai l’intention de former un gouvernement fort et stable dans les prochains jours, et la première chose que mon nouveau gouvernement aura le privilège de faire est d’accueillir chaleureusement le président Obama en Israël », a-t-il déclaré lors d’une intervention par satellite, depuis Israël, devant les participants de la conférence annuelle du principal lobby pro-israélien des Etats-Unis, l’Aipac (American Israel Public Affairs Committee).
Barack Obama se rendra en visite officielle à Jérusalem et Ramallah, en Cisjordanie, entre les 20 et 22 mars. La visite marquera son premier voyage en Israël en tant que président.
« Croyez-moi, il est bien plus facile de trouver un terrain d’entente entre deux partis qu’entre 10 partis », a-t-il plaisanté, alors que démocrates et républicains s’affrontent sur le budget à Washington: « Si je peux vous donner un conseil gratuit: n’adoptez pas le système israélien de gouvernement ».
Des médias israéliens avaient rapporté plus tôt lundi que la coalition gouvernementale se ferait avec le parti centriste Yesh Atid et le parti nationaliste religieux Foyer juif, excluant les partis ultra-orthodoxes.
Officiellement chargé le 2 février par le président Shimon Peres de former le nouveau gouvernement à la suite des élections du 22 janvier, où sa liste a remporté une victoire étriquée, M. Netanyahu a obtenu samedi un délai supplémentaire de 14 jours pour former une coalition.
Lors du même discours, il a estimé que Téhéran n’avait pas encore atteint la « ligne rouge » dans le développement de l’arme nucléaire, mais que l’Iran « se met(tait) en position pour la franchir très rapidement dès qu’il aura décidé de le faire ».
« L’Iran enrichit de plus en plus d’uranium, il installe des centrifugeuses de plus en plus rapides » et « joue la montre » dans les négociations diplomatiques, a-t-il insisté. « La diplomatie n’a pas fonctionné », a-t-il estimé, arguant que Téhéran avait fait le choix de poursuivre son programme nucléaire militaire coûte que coûte, malgré les sanctions économiques.
S’exprimant dans la salle, peu avant M. Netanyahu, le vice-président américain, Joe Biden, avait rappelé la position américaine, visant à empêcher l’Iran de se doter de la bombe nucléaire: « Le président Barack Obama ne bluffe pas », avait-il lancé, le doigt levé.
« Nous ne voulons pas la guerre. Nous voulons et nous sommes prêts à négocier pacifiquement. Mais toutes les options, y compris la force militaire, sont sur la table », a-t-il dit.