Archives mensuelles : janvier 2015

Egypte: 5 morts, dont deux policiers, dans des violences nocturnes à Port-Saïd

John Kerry reçu par Mohamed Morsi le 3 mars 2013 au Caire(©AFP)
Cinq personnes, dont deux policiers, ont été tuées dans des violences nocturnes entre des habitants et les forces de l’ordre à Port-Saïd, signe des tensions persistantes dans cette ville du nord-est de l’Egypte, qui s’ajoutent à un climat politique difficile dans le pays.

Le directeur des services de secours, Mohammed Soltane, a évoqué dans la matinée un bilan de cinq morts à Port-Saïd, à l’entrée nord du canal de Suez.
Le ministère de l’Intérieur avait auparavant évoqué quatre morts, dont deux policiers. D’après lui, des inconnus ont tiré « de manière aléatoire » aux abords d’un commissariat, tuant deux membres de la police anti-émeutes, atteints au cou et à la tête.
Les affrontements avaient éclaté pendant la journée de dimanche, après la décision du ministère de l’Intérieur de déplacer 39 prisonniers attendant le verdict, prévu samedi, dans un procès des violences qui ont fait 74 morts après un match de football à Port-Saïd en février 2012.
Dimanche, les manifestants ont jeté des pierres et des cocktails Molotov contre un poste de police de Port-Saïd, où une grève générale est entrée dans sa troisième semaine. La police a répondu par des tirs de gaz lacrymogène, selon un responsable de la sécurité. Le trafic des navires sur le canal de Suez n’était pas affecté par ces troubles, a précisé l’organisme chargé de gérer cet axe qui relie la Méditerranée et la mer Rouge, stratégique pour le commerce mondial.
En janvier, 21 personnes, en majorité des supporteurs de football de Port-Saïd, avaient été condamnées à la peine capitale dans un premier volet concernant les violences après le match il y a un an, ce qui avait provoqué des affrontements dans lesquels au moins 40 personnes avaient été tuées. Le ministère de l’Intérieur avait annoncé sa décision de déplacer des prisonniers à l’extérieur de Port-Saïd, à commencer par les 39 accusés du deuxième volet de l’affaire, afin d’éviter de nouvelles violences.
Les habitants de Port-Saïd et d’autres villes longeant le canal disent depuis longtemps être marginalisés par Le Caire.
Heurts près de Tahrir
Des heurts nocturnes se sont aussi produits au Caire, près de la place Tahrir, entre policiers et manifestants. La police a fait usage de gaz lacrymogène pour disperser la foule qui s’approchait d’un hôtel de luxe sur la corniche du Nil, qui a été vandalisé en marge de heurts en février, selon un responsable de la sécurité.
Le calme était revenu sur place dans la matinée, selon des responsables.
L’Egypte a régulièrement été agitée par des violences parfois meurtrières ces derniers mois, souvent en marge de manifestations contre le président islamiste Mohamed Morsi, élu en juin, accusé d’avoir « trahi la révolution » et de ne pas parvenir à faire face aux problèmes économiques.
En visite dimanche en Egypte, le secrétaire d’Etat américain John Kerry s’est entretenu avec M. Morsi et a demandé au pays de redoubler ses efforts pour rétablir la stabilité politique et de remédier à sa profonde crise économique.
Au nord du Caire, la région du delta du Nil a aussi été le théâtre de violences avec une campagne pour la désobéissance civile dans la province de Daqahliya.
Une personne a été tuée et des dizaines d’autres blessées dans des heurts pendant le week-end entre policiers et manifestants à Mansoura, la capitale de cette province.

Cuba célèbre sa Journée de la presse en plein débat sur sa fonction

Des journaux dans un kiosque cubain de La Havane(©AFP/Archives)
Totalement sous contrôle des autorités, la presse cubaine célèbre jeudi sa Journée nationale, ravivant le débat sur sa fonction et les critiques des journalistes eux-mêmes sur leur travail.

« La seule chose qui est claire pour nous, c’est que nous, journalistes, ne sommes pas du tout satisfaits des résultats obtenus », écrit le journaliste communiste Francisco Rodriguez sur son blog paquitoeldecuba.wordpress.com.
Dénoncée par le président cubain Raul Castro lui-même comme « triomphaliste » et « apologétique », la presse cubaine est aussi la cible d’intellectuels comme le romancier Leonardo Padura, ancien journaliste, et le héraut de la chanson cubaine, Silvio Rodriguez.
Composé de deux quotidiens et d’un hebdomadaire nationaux, d’une quinzaine de quotidiens provinciaux, de quelques magazines, de quatre chaînes de télévision et d’une soixantaine de radios, le paysage médiatique cubain est depuis des décennies sous la supervision du Département d’Orientation révolutionnaire (DOR) du tout-puissant Parti communiste de Cuba (PCC).
« La direction de la presse à Cuba est totalement verticale, tout est prédéterminé. On donne des lignes d’action sur chaque sujet et on fixe des limites strictes », explique le journaliste Félix Lopez dans la revue Temas, éditée par le ministère de la Culture, une des rares publications abordant des sujets polémiques.
« Au milieu de tout cela, il y a le professionnalisme du journaliste et sa manière de dire les choses, un peu plus fort, un peu moins fort, mais jamais sans sortir des lignes », ajoute Félix Lopez.
Opposants et organisations internationales des droits de l’homme dénoncent régulièrement l’absence de liberté d’expression à Cuba, où toute opposition politique est illégale.
« Les autorités cubaines sont loin d’accepter que les journalistes puissent avoir un rôle à jouer dans la société », a encore affirmé en janvier Amnesty International.
Les rares médias indépendants de l’île, où l’accès à internet est très limité, appartiennent à l’Eglise catholique qui publie notamment Palabra Nueva et Espacio Laical, de diffusion restreinte.
La presse est aussi régulièrement accusée d’omissions dans le cadre du système, comme à l’occasion des débats populaires qui ont précédé le 6e Congrès du PCC en avril 2011 devant avaliser les grandes réformes économiques de Raul Castro.
« Ce grand débat national qui aurait dû être au coeur de tous les médias n’est jamais apparu. Les assemblées populaires qui ont discuté de tous ces problèmes ont reçu une couverture minimale et totalement opaque », dénonce le journaliste Roger Ricardo, également dans Temas.
Cuba « continue d’être un pays avec un mauvais journalisme », rappelait le romancier Leonardo Padura, un des écrivains cubains les plus publiés dans le monde, lors d’une série de conférences en novembre dernier.
Dans la presse cubaine, « s’est introduite une série de vices dont ne sont pas directement responsables les journalistes, mais plutôt les lignes éditoriales », a-t-il estimé.
Parcourant le monde depuis plusieurs semaines, la célèbre bloggeuse opposante Yoani Sanchez est décidée à prendre le taureau par les cornes.
« Je vais rentrer à Cuba pour y fonder un organe de presse », a-t-elle affirmé dimanche au Mexique, où elle participait à une réunion de la Société interaméricaine de presse (SIP), dont elle a été désignée vice-présidente pour Cuba l’année dernière.
« Je sais que c’est mission impossible, que c’est légalement interdit, mais je ne vais pas m’imposer de limite », a ajouté la philologue de 37 ans dont le retour à Cuba est prévu en mai.

Le délit de racolage a 10 ans, prostituées et associations veulent l’abroger

Des prostituées dans une rue de Lyon, en juin 2012(©AFP/Archives)
Alors que la loi pénalisant le racolage public va fêter ses dix ans, des prostituées, associations et responsables politiques montent au créneau pour réclamer l’abrogation de ce texte, qui n’a fait selon eux que stigmatiser les prostituées et aggraver leur santé.

Le 18 mars 2003, la Loi de sécurité intérieure instituait le délit de racolage passif, pénalisant « le fait par tout moyen, y compris par une attitude même passive, de procéder publiquement au racolage d’autrui en vue de l’inciter à des relations sexuelles en échange d’une rémunération ». Tout contrevenant devenait passible de deux mois d’emprisonnement et de 3.750 euros d’amende.
Le syndicat des travailleurs du sexe (Strass), qui regroupe des prostituées dite « indépendantes », appelle à une manifestation samedi à Pigalle pour demander l’abrogation du texte, à laquelle se joindront des associations comme Aides ou Médecins du monde.
Cette ONG a rendu publique fin 2012 une enquête menée auprès de prostituée indépendantes chinoises à Paris, révélant qu’elles étaient particulièrement exposées aux violences physiques et aux viols, mais que peu portaient plainte à cause des arrestations fréquentes pour racolage qu’elles subissaient de la part de la police. Les prostituées se réfugient alors dans des endroits plus reculés et réduisent les temps de négociations avec les clients, au risque d’accepter des pratiques à risque.
Saisie par Médecins du Monde, la commission nationale Citoyens-Justice-Police, composée de membres de la Ligue des droits de l’homme, du Syndicats des avocats de France et du Syndicat de la magistrature, a constitué une mission d’enquête sur cette situation, qui rendra ses conclusions lundi.
Le même jour, Médecins du Monde organisera un happening devant l’Assemblée nationale pour exiger l’abrogation du délit de racolage.
La sénatrice EELV Esther Benbassa a déposé une proposition de loi en ce sens, qui sera débattue le 28 mars au Sénat.
« La pénalisation du racolage n’a aidé aucune personne prostituée, n’a protégé aucune victime de la traite et n’a permis d’arrêter aucun proxénète (en 2009, par exemple, 465 personnes ont été mises en cause pour proxénétisme et proxénétisme aggravé et aucune d’entre elles n’a été condamnée) », affirme-t-elle dans un communiqué.
« Cette loi a en revanche mis en danger les prostitué(e)s, les a exposé(e)s à des violences accrues, et les a éloigné(e)s du système de santé », dénonce la sénatrice.
L’abrogation du délit de racolage était une proposition de campagne de François Hollande.

Mort de Chavez: les Etats-Unis soutiennent les Vénézuéliens, dit Obama

Le président Barack Obama, le 5 mars 2013 à la Maison-Blanche(©AFP)
Le président Barack Obama a affirmé mardi que les Etats-Unis soutenaient les Vénézuéliens après la mort de leur dirigeant Hugo Chavez, et espéré des « relations constructives » avec le futur gouvernement du Venezuela dans un « nouveau chapitre » de son histoire.

« En ce moment difficile de la mort du président Hugo Chavez, les Etats-Unis renouvellent leur soutien aux Vénézuéliens et leur intérêt à développer des relations constructives avec le gouvernement vénézuélien », a déclaré M. Obama dans un communiqué.
« Au moment où le Venezuela entame un nouveau chapitre de son histoire, les Etats-Unis continuent à soutenir des politiques qui soutiennent les principes démocratiques, l’Etat de droit et le respect des droits de l’homme », a conclu le dirigeant américain.
Hugo Chavez est décédé mardi à Caracas à 58 ans des suites d’un cancer diagnostiqué en juin 2011, mettant un point final à 14 années de pouvoir sans partage et ouvrant la voie à des élections anticipées d’ici 30 jours.
Le dirigeant disparu, admirateur et allié du régime communiste cubain, était une figure hautement controversée aux Etats-Unis, pays qu’il pourfendait à longueur de discours sans avoir toutefois jamais cessé de le livrer en pétrole.
MM. Obama et Chavez s’étaient rencontrés le 17 avril 2009, au début du premier mandat du président démocrate, lors du sommet des Amériques à Trinidad, partageant une poignée de main qui avait fait la une de la presse mondiale.
Mais aucun réchauffement dans les relations entre Washington et Caracas n’avait suivi, même si le 30 septembre dernier, en pleine campagne électorale américaine, Chavez avait assuré que s’il avait été américain, il aurait voté pour M. Obama, qualifiant l’alors président sortant de « type bien ».
Dans ce dossier, des responsables de la Maison Blanche expliquaient récemment à l’AFP, sous couvert de l’anonymat, n’avoir pas voulu donner une importance exagérée au dirigeant vénézuélien, estimant que les déclarations musclées de l’ancien président républicain George W. Bush contre lui avaient été contre-productives.
Au Congrès américain, des élus républicains se sont en revanche félicités sans état d’âme de cette disparition mardi soir.
« Hugo Chavez était un tyran qui forçait les Vénézuéliens à vivre dans la peur. Sa mort entame l’alliance des dirigeants gauchistes antiaméricains en Amérique du Sud », a déclaré Ed Royce, le président de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants. « Bon débarras à ce dictateur », a martelé cet élu républicain.
« Sa mort marque la fin de son pouvoir tyrannique mais la voie de la démocratie pour les Vénézuéliens est encore très incertaine », a commenté pour sa part Ileana Ros-Lehtinen, une élue républicaine d’origine cubaine et partisane d’une ligne inflexible contre Cuba et ses alliés.
De son côté, le président de la commission des Affaires étrangères du Sénat, le démocrate Robert Menendez, a estimé que « Hugo Chavez a dirigé le Venezuela d’une poigne de fer, et sa disparition laisse un vide politique dont nous espérons qu’il sera comblé de façon pacifique ».
« Avec des élections libres et justes, le Venezuela peut entamer la remise en état d’une démocratie jadis robuste, et assurer le respect des droits humains, politiques et civiques de son peuple », a-t-il conclu.

Israël: poursuite des négociations gouvernementales

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu (C) en conseil des ministres à Jérusalem le 10 mars 2013(©Pool/AFP/Archives)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a lancé mercredi un ultimatum à son partenaire laïque Yaïr Lapid, le menaçant de s’allier avec les partis religieux ultra-orthodoxes si un pacte gouvernemental n’était pas rapidement conclu, selon des sources politiques.

« Si, dans les prochaines heures, il n’y a pas de percée dans les négociations avec Lapid et s’il ne renonce pas à ses demandes excessives, le Premier ministre commencera très vite des discussions avec les partis ultra-orthodoxes », ont indiqué des sources au sein du Likoud (droite), le parti dirigé par M. Netanyahu.
Engagé dans une course contre la montre, M. Netanyahu peine à mettre un point final aux tractations avec ses principaux partenaires pour constituer un gouvernement avant l’arrivée mercredi prochain du président américain Barack Obama.
Les discussions conduites par M. Netanyahu avec Yaïr Lapid, dirigeant du parti centriste Yesh Atid, grand vainqueur du scrutin de janvier (19 élus), et Naftali Bennett, leader du Foyer juif, parti nationaliste religieux qui a lui aussi réalisé une percée (12 députés), achoppent notamment sur l’attribution du portefeuille de l’Education, selon les médias.
Selon des représentants de M. Lapid, « la crise pour la formation de la coalition ne se résume pas à une lutte pour des portefeuilles. C’est une bataille sur la nature de la société israélienne ». « Nous insistons pour obtenir le ministère de l’Education afin de changer la nature de l’Etat », ont ajouté ces responsables.
« Yaïr Lapid ne cédera pas sur ses engagements, quitte à ce que Yesh Atid se retrouve dans l’opposition », ont également averti ces sources.
Naftali Bennett a également rejeté l’ultimatum de Benjamin Netanyahu à Yaïr Lapid. « Arrêtez tout cela, cela ne marchera pas, il faut faire des concessions », a plaidé Naftali Bennett en s’adressant aux dirigeants du Likoud sur sa page Facebook.
M. Netanyahu s’est discrètement entretenu mardi soir avec M. Bennett mais aussi des représentants du parti ultra-orthodoxe Shass jusqu’à présent écarté des négociations gouvernementales, rapportent les médias.
M. Netanyahu a entamé dimanche l’ultime semaine pour parvenir à un accord de coalition avant la visite historique de Barack Obama en Israël du 20 au 22 mars.
A l’issue d’une première période de quatre semaines, il a obtenu un deuxième et dernier délai du président Shimon Peres afin de présenter son nouveau cabinet avant le 16 mars, faute de quoi le chef de l’Etat pourrait choisir un autre candidat pour tenter de constituer une majorité.
Selon les médias, l’incontournable Yaïr Lapid, ex-journaliste vedette de la TV, insiste pour obtenir le ministère de l’Education, que M. Netanyahu souhaite réserver à l’actuel titulaire, Gidéon Saar, considéré comme un de ses proches.
Les âpres négociations porteraient également sur le futur titulaire du portefeuille de l’Intérieur que se disputent aussi Yesh Atid et le Likoud.
Yaïr Lapid avait obtenu l’exclusion des représentants des partis religieux ultra-orthodoxes, le Shass sépharade (11 élus) et le Judaïsme Unifié de la Torah (JUT, ashkenaze, 7 députés).
Ces derniers ont longtemps joué le rôle de faiseurs de roi dont l’appui était indispensable à toute majorité. Le Shass a été de tous les gouvernements depuis 1984 à l’exception de brefs intervalles.
M. Netanyahu considérait jusqu’à présent ces formations comme des « alliés naturels ». Mais le Premier ministre n’est pas parvenu jusqu’à présent à les rallier cette fois-ci en raison de leur opposition résolue à la conscription des jeunes juifs ultra-orthodoxes réclamée à la fois par Yaïr Lapid et Naftali Bennett.