Cuba célèbre sa Journée de la presse en plein débat sur sa fonction

Des journaux dans un kiosque cubain de La Havane(©AFP/Archives)
Totalement sous contrôle des autorités, la presse cubaine célèbre jeudi sa Journée nationale, ravivant le débat sur sa fonction et les critiques des journalistes eux-mêmes sur leur travail.

« La seule chose qui est claire pour nous, c’est que nous, journalistes, ne sommes pas du tout satisfaits des résultats obtenus », écrit le journaliste communiste Francisco Rodriguez sur son blog paquitoeldecuba.wordpress.com.
Dénoncée par le président cubain Raul Castro lui-même comme « triomphaliste » et « apologétique », la presse cubaine est aussi la cible d’intellectuels comme le romancier Leonardo Padura, ancien journaliste, et le héraut de la chanson cubaine, Silvio Rodriguez.
Composé de deux quotidiens et d’un hebdomadaire nationaux, d’une quinzaine de quotidiens provinciaux, de quelques magazines, de quatre chaînes de télévision et d’une soixantaine de radios, le paysage médiatique cubain est depuis des décennies sous la supervision du Département d’Orientation révolutionnaire (DOR) du tout-puissant Parti communiste de Cuba (PCC).
« La direction de la presse à Cuba est totalement verticale, tout est prédéterminé. On donne des lignes d’action sur chaque sujet et on fixe des limites strictes », explique le journaliste Félix Lopez dans la revue Temas, éditée par le ministère de la Culture, une des rares publications abordant des sujets polémiques.
« Au milieu de tout cela, il y a le professionnalisme du journaliste et sa manière de dire les choses, un peu plus fort, un peu moins fort, mais jamais sans sortir des lignes », ajoute Félix Lopez.
Opposants et organisations internationales des droits de l’homme dénoncent régulièrement l’absence de liberté d’expression à Cuba, où toute opposition politique est illégale.
« Les autorités cubaines sont loin d’accepter que les journalistes puissent avoir un rôle à jouer dans la société », a encore affirmé en janvier Amnesty International.
Les rares médias indépendants de l’île, où l’accès à internet est très limité, appartiennent à l’Eglise catholique qui publie notamment Palabra Nueva et Espacio Laical, de diffusion restreinte.
La presse est aussi régulièrement accusée d’omissions dans le cadre du système, comme à l’occasion des débats populaires qui ont précédé le 6e Congrès du PCC en avril 2011 devant avaliser les grandes réformes économiques de Raul Castro.
« Ce grand débat national qui aurait dû être au coeur de tous les médias n’est jamais apparu. Les assemblées populaires qui ont discuté de tous ces problèmes ont reçu une couverture minimale et totalement opaque », dénonce le journaliste Roger Ricardo, également dans Temas.
Cuba « continue d’être un pays avec un mauvais journalisme », rappelait le romancier Leonardo Padura, un des écrivains cubains les plus publiés dans le monde, lors d’une série de conférences en novembre dernier.
Dans la presse cubaine, « s’est introduite une série de vices dont ne sont pas directement responsables les journalistes, mais plutôt les lignes éditoriales », a-t-il estimé.
Parcourant le monde depuis plusieurs semaines, la célèbre bloggeuse opposante Yoani Sanchez est décidée à prendre le taureau par les cornes.
« Je vais rentrer à Cuba pour y fonder un organe de presse », a-t-elle affirmé dimanche au Mexique, où elle participait à une réunion de la Société interaméricaine de presse (SIP), dont elle a été désignée vice-présidente pour Cuba l’année dernière.
« Je sais que c’est mission impossible, que c’est légalement interdit, mais je ne vais pas m’imposer de limite », a ajouté la philologue de 37 ans dont le retour à Cuba est prévu en mai.

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